Stratégie patrimoniale 

Pourquoi les investisseurs s'expatrient en Italie : ce qu'il faut savoir avant de partir

Port de Vernazza en Ligurie, maisons colorées et barques de pêcheurs, cadre de vie recherché pour une expatriation en Italie
Publié le
9/9/2026

Données fiscales françaises et italiennes vérifiées au 9 septembre 2026. Les régimes décrits (forfait des néo-résidents, impatriés, retraités, exit tax) sont modifiés presque chaque année par les lois de finances des deux pays.

L'expatriation en Italie est devenue, en quelques années, un sujet récurrent dans les rendez-vous patrimoniaux. Dirigeants qui viennent de céder leur entreprise, cadres en fin de carrière, investisseurs vivant de leurs capitaux : tous ont entendu parler du forfait fiscal italien et se demandent si le mouvement les concerne. L'Italie a construit depuis 2017 l'un des dispositifs d'attraction fiscale les plus lisibles d'Europe, et en a relevé le prix à trois reprises. Mais quitter la France déclenche des conséquences fiscales, successorales et pratiques que le forfait ne compense pas toujours.

Cet article explique pourquoi les investisseurs s'expatrient en Italie, ce que les régimes italiens offrent réellement, ce que le départ de France déclenche.

Pourquoi les investisseurs s'expatrient en Italie

Le forfait des néo-résidents : 300 000 € par an sur les revenus étrangers

Le régime de l'article 24-bis du code italien des impôts sur le revenu (TUIR) permet à une personne physique qui transfère sa résidence fiscale en Italie de remplacer l'imposition de l'ensemble de ses revenus de source étrangère par un impôt forfaitaire annuel. Ce forfait était de 100 000 € à la création du régime, a été porté à 200 000 € en août 2024, puis à 300 000 € par la loi de budget italienne pour 2026 pour les personnes qui transfèrent leur résidence à compter du 1er janvier 2026. Chaque membre de la famille qui rejoint le régime est couvert moyennant 50 000 € supplémentaires par an, contre 25 000 € auparavant.

Le régime s'applique pendant quinze ans au maximum. Il est réservé aux personnes qui n'ont pas été résidentes fiscales italiennes pendant au moins neuf des dix années précédant le transfert, ce qui vise précisément les investisseurs français sans attache italienne. En contrepartie du forfait, le contribuable est dispensé de l'IVIE et de l'IVAFE, les impôts italiens sur les immeubles et les actifs financiers détenus à l'étranger, ainsi que des obligations déclaratives de suivi des avoirs étrangers. Les droits de succession et de donation italiens ne s'appliquent pas aux biens situés hors d'Italie pendant la durée du régime, point qui retient souvent davantage l'attention des familles que le forfait lui-même.

Le régime des impatriés : la moitié du revenu d'activité exonérée

Le second régime concerne les personnes qui viennent travailler en Italie, salariés ou professionnels libéraux. Réformé en 2024, il exonère 50 % du revenu d'activité de l'impôt italien pendant cinq ans, dans la limite de 600 000 € de revenu annuel, et 60 % lorsque le contribuable a au moins un enfant mineur résidant en Italie. Il suppose de ne pas avoir été résident italien pendant les trois années précédentes (six ou sept ans si l'on rejoint le même employeur ou le même groupe qu'auparavant), de justifier d'une qualification élevée et de s'engager à rester résident au moins quatre ans, sous peine de reprise de l'avantage.

Ce régime ne couvre ni les revenus d'entreprise, ni les revenus fonciers, ni les revenus de capitaux.

Le régime des retraités : 7 % dans le Mezzogiorno

Le troisième régime, celui de l'article 24-ter du TUIR, s'adresse aux titulaires d'une pension de source étrangère qui s'installent dans une commune du Sud de l'Italie (Sicile, Calabre, Sardaigne, Campanie, Basilicate, Abruzzes, Molise, Pouilles) dont la population ne dépasse pas un seuil fixé par la loi, relevé de 20 000 à 30 000 habitants au printemps 2026. L'ensemble des revenus de source étrangère, pension mais aussi dividendes, intérêts et plus-values, est alors imposé à 7 % pendant dix ans, à condition de ne pas avoir été résident italien au cours des cinq années précédentes.

Au-delà de la fiscalité : proximité, cadre de vie et marché immobilier

Il serait réducteur de résumer les départs à un calcul d'impôt. L'Italie est à deux heures de vol, dans la zone euro, l'Union européenne et l'espace Schengen, ce qui neutralise les questions de change, de visa et de transfert de capitaux qui compliquent une expatriation à Dubaï, à Singapour ou en Suisse. La langue, la culture, le droit civil et la proximité familiale rendent le projet plus acceptable pour un conjoint et des enfants. Enfin, le marché immobilier italien reste, hors Milan et quelques centres, sensiblement moins cher que son équivalent français. Ces éléments comptent, mais ils ne constituent pas une stratégie patrimoniale. Le forfait, lui, en est une, et il faut le comprendre en détail.

Le forfait fiscal italien en détail : ce qu'il couvre et ce qu'il ne couvre pas

L'évolution du forfait des néo-résidents

Le relèvement du forfait à trois reprises en moins de dix ans est en soi une information : le législateur italien considère que le régime attire suffisamment pour en augmenter le prix sans le fermer. Les personnes déjà entrées dans le régime conservent le montant applicable à la date de leur transfert.

Période de transfert de résidenceForfait annuel du contribuableForfait par membre de la familleDurée maximale
2017 à août 2024100 000 €25 000 €15 ans
Août 2024 à décembre 2025200 000 €25 000 €15 ans
À compter du 1er janvier 2026300 000 €50 000 €15 ans

Le périmètre du forfait

Le forfait couvre les revenus de source étrangère, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas produit en Italie : dividendes d'une holding française, intérêts, plus-values sur titres, revenus fonciers d'un immeuble situé en France, pensions privées, rémunérations perçues d'une société étrangère. Les revenus de source italienne, eux, restent soumis au barème ordinaire de l'impôt italien : un loyer perçu à Rome ou un salaire versé par une société italienne ne sont pas dans le forfait.

Deux exclusions doivent être connues avant de partir. La première concerne les plus-values de cession de participations qualifiées réalisées au cours des cinq premières années du régime : elles sortent du forfait et sont imposées selon le droit commun italien, ce qui neutralise la tentation de s'installer en Italie pour vendre son entreprise le lendemain. La seconde est structurelle : le forfait n'ouvre droit à aucun crédit d'impôt pour les impôts payés à l'étranger sur les revenus qu'il couvre. Nous y revenons dans la partie consacrée aux inconvénients.

Le contribuable peut exclure certains États du forfait, pays par pays, pour bénéficier sur ces revenus du droit commun et des conventions, et sécuriser son éligibilité par un rescrit préalable auprès de l'administration italienne.

Les revenus de source italienne : hors forfait, au droit commun

Tout ce qui est produit en Italie échappe au forfait et relève du droit commun italien. Pour les placements réalisés sur place après l'installation, les dividendes, intérêts et plus-values de source italienne supportent une imposition substitutive de 26 %, comparable au prélèvement forfaitaire unique français ; les loyers d'un bien italien relèvent de la cedolare secca ou du barème progressif, et l'immobilier italien est soumis à l'IMU hors résidence principale.

Le point délicat est ailleurs : la source d'un revenu ne dépend pas de la nationalité du payeur mais du lieu où il est produit, et le droit italien considère comme produit en Italie le revenu d'un travail exercé sur son territoire. Un dirigeant qui conserve son mandat dans sa société française et l'exerce depuis l'Italie, un consultant qui facture des clients français depuis Milan, un cadre en télétravail pour un employeur parisien, produisent des revenus de source italienne : leur rémunération sort du forfait et tombe au barème progressif, avec sa tranche à 43 % dès 50 000 €, sauf à remplir les conditions du régime des impatriés. Pour un investisseur qui n'a pas encore cédé son entreprise ou qui entend poursuivre une activité, la part des revenus réellement couverte par le forfait peut être bien plus faible que prévu. La distinction entre revenus du patrimoine, qui restent étrangers s'ils proviennent d'actifs situés hors d'Italie, et revenus de l'activité, qui deviennent italiens dès qu'elle est exercée depuis l'Italie, doit être faite ligne par ligne avant le départ.

Un régime rentable seulement au-delà d'un certain niveau de revenus

Le forfait est fixe, et c'est toute la question : il ne devient intéressant que si l'impôt que le contribuable aurait payé ailleurs sur ses revenus étrangers dépasse 300 000 € par an. Le tableau ci-dessous illustre son taux effectif selon le niveau de revenus étrangers, à comparer avec le prélèvement forfaitaire unique français de 31,4 %, majoré le cas échéant de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus de 3 % ou 4 %.

Revenus annuels de source étrangèreForfait italienTaux effectif du forfaitLecture
500 000 €300 000 €60 %Nettement défavorable
1 000 000 €300 000 €30 %Équivalent au PFU français
1 800 000 €300 000 €16,7 %Favorable
3 000 000 €300 000 €10 %Très favorable
5 000 000 €300 000 €6 %Très favorable

{{cta-audit="/cta"}}

Quitter la France pour l'Italie : ce que le départ déclenche

Perdre effectivement la résidence fiscale française

On ne cesse pas d'être résident fiscal français parce que l'on s'est inscrit à l'anagrafe d'une commune italienne. L'article 4 B du Code général des impôts retient des critères alternatifs dont un seul suffit à maintenir le domicile fiscal en France : le foyer ou le lieu de séjour principal, l'activité professionnelle principale, ou le centre des intérêts économiques.

Lorsque les deux États revendiquent la résidence, la convention fiscale franco-italienne du 5 octobre 1989 tranche par des critères successifs : le foyer d'habitation permanent, puis le centre des intérêts vitaux, puis le séjour habituel, puis la nationalité. Le centre des intérêts vitaux est décisif dans la plupart des dossiers de dirigeants, et il ne se déplace pas par une simple déclaration. L'Italie a de son côté réformé sa définition de la résidence en 2024 : est résident celui qui, pour la majeure partie de l'année, a en Italie sa résidence civile, son domicile entendu comme le lieu de ses relations personnelles et familiales, ou sa présence physique, fractions de jour comprises. Une expatriation en Italie réussie suppose donc une présence réelle, un foyer réel et un déplacement réel des intérêts personnels.

L'exit tax sur les titres de sociétés

L'article 167 bis du CGI soumet à l'impôt les plus-values latentes sur droits sociaux et valeurs mobilières des contribuables qui transfèrent leur domicile hors de France, dès lors qu'ils ont été résidents fiscaux français pendant au moins six des dix années précédant le départ et qu'ils détiennent soit une participation d'au moins 50 % dans une société, soit un portefeuille de titres dont la valeur globale dépasse 800 000 €. Les plus-values en report d'imposition, notamment celles issues d'un apport-cession, sont également concernées.

Pour un départ vers l'Italie, État membre de l'Union européenne, le sursis de paiement est automatique et sans garantie : l'impôt est calculé au jour du départ mais n'est pas payé, et il est dégrevé si les titres sont conservés deux ans, ou cinq ans lorsque leur valeur globale excède 2,57 M€ au jour du transfert. Une cession, une donation à un non-résident ou un manquement déclaratif pendant ce délai rend l'impôt exigible.

ParamètreRègle applicable (art. 167 bis CGI)
Contribuables concernésRésidents fiscaux français pendant au moins 6 des 10 années précédant le départ
Seuil de déclenchementParticipation d'au moins 50 % dans une société, ou portefeuille de titres supérieur à 800 000 €
Base imposablePlus-values latentes au jour du départ, plus-values en report (dont 150-0 B ter) et créances de complément de prix
TauxPFU 31,4 % (12,8 % + 18,6 %) ou barème sur option, plus CEHR le cas échéant
Sursis de paiement vers l'ItalieAutomatique, sans garantie (État membre de l'UE)
DégrèvementAprès 2 ans de conservation des titres, ou 5 ans si la valeur des titres excède 2,57 M€ au départ
Obligations déclarativesFormulaire 2074-ETD l'année du départ, puis suivi annuel jusqu'au dégrèvement

Un second mécanisme, moins connu, pèse plus lourd encore pour un dirigeant. La convention franco-italienne de 1989 attribue à l'État de résidence de la société le droit d'imposer la plus-value de cession d'une participation substantielle, c'est-à-dire ouvrant droit à au moins 25 % des bénéfices. Un résident italien qui cède les titres de sa société française reste donc imposable en France sur cette plus-value, en application de l'article 244 bis B du CGI, quel que soit le régime italien dont il relève ; et l'Italie, de son côté, exclut du forfait les plus-values sur participations qualifiées pendant cinq ans.

La conséquence est directe pour la chronologie du projet. Céder avant le départ, c'est supporter la fiscalité française des plus-values, éventuellement aménagée par un apport préalable à une holding avec report d'imposition, puis partir avec des liquidités ou une holding dont les distributions entreront dans le forfait. Partir avant de céder, c'est déclencher l'exit tax, puis se heurter au droit d'imposer conservé par la France et à l'exclusion italienne. En pratique, la cession précède presque toujours le départ, et la structuration doit être analysée au regard des deux fiscalités : c'est le type de question que traite l'apport-cession avec le 150-0 B ter, et le rôle d'une holding patrimoniale dans un projet d'expatriation mérite un examen spécifique.

L'IFI ne disparaît pas, il se rétrécit

Un non-résident reste redevable de l'impôt sur la fortune immobilière en France sur ses seuls actifs immobiliers situés en France, détenus directement ou par l'intermédiaire de sociétés, dès lors que leur valeur nette dépasse 1,3 M€. L'immobilier italien sort donc de l'assiette, mais la résidence conservée, les SCPI ou les parts de SCI françaises y restent : pour beaucoup d'investisseurs, le départ ne change à peu près rien à l'IFI, et les leviers restent ceux que nous décrivons dans notre article sur l'IFI et l'immobilier. Pendant la durée du forfait, cet immobilier français est en revanche dispensé de l'IVIE, l'impôt italien sur les immeubles étrangers, au taux ordinaire de 1,06 %.

Les revenus de source française après le départ

La convention de 1989 attribue l'imposition des revenus immobiliers à l'État de situation de l'immeuble : les loyers d'un bien français restent imposés en France, au barème avec le taux minimum des non-résidents, majoré du prélèvement de solidarité pour les affiliés à un régime de sécurité sociale de l'Espace économique européen. Les dividendes de source française supportent une retenue à la source en France, dans la limite du taux conventionnel. Les pensions privées sont imposables dans l'État de résidence, les pensions publiques restant imposables en France. Les rachats sur un contrat d'assurance-vie français relèvent de règles propres aux non-résidents, avec des formalités conventionnelles auprès de l'assureur.

Les enveloppes ne sont pas fermées par le départ : un plan d'épargne en actions n'est pas clôturé par un transfert de domicile dans l'Union européenne, et un contrat d'assurance-vie français reste ouvert. Mais leurs avantages fiscaux, conçus pour un résident français, perdent une grande partie de leur sens, tandis que la fiscalité successorale française de l'assurance-vie continue de s'appliquer selon la résidence du souscripteur et des bénéficiaires. C'est pourquoi les investisseurs qui préparent un départ regardent de près l'assurance-vie luxembourgeoise, conçue pour suivre son souscripteur d'un pays à l'autre. Chacun de ces flux doit être recensé avant le départ, car son traitement en France conditionne directement la rentabilité du forfait.

{{cta-assu="/cta"}}

Les inconvénients de l'expatriation en Italie

Un forfait fixe sur des revenus qui ne le sont pas

Le forfait se paie chaque année, que les revenus étrangers aient été de 5 M€ ou de 200 000 €. Un investisseur qui vit de dividendes de holding, de plus-values de portefeuille ou de distributions de fonds de private equity connaît des années creuses, et une année sans distribution ni cession se traduit par 300 000 € d'impôt sur des revenus proches de zéro. Le régime est révocable, mais la sortie est définitive. La décision d'entrer doit donc reposer sur une projection de revenus sur dix à quinze ans, pas sur les dividendes de l'année du départ.

Les impôts français qui s'ajoutent au forfait

C'est le point le plus mal compris. Le forfait italien n'efface pas les impôts prélevés à la source dans les autres pays et n'ouvre droit à aucun crédit d'impôt pour les neutraliser. Un résident italien sous forfait qui perçoit des dividendes de sa holding française paie la retenue à la source française, puis le forfait ; s'il perçoit des loyers en France, il paie l'impôt français, puis le forfait. Le coût réel du régime n'est donc pas 300 000 €, mais 300 000 € augmentés de l'ensemble des impositions françaises maintenues. Pour un investisseur dont le patrimoine est essentiellement français, ce cumul peut rendre l'expatriation en Italie plus coûteuse qu'un maintien en France.

La solution passe souvent par une restructuration préalable des enveloppes de détention.

La double résidence et le risque de requalification

Le risque le plus lourd d'une expatriation en Italie mal préparée est la double résidence : la France continue de considérer le contribuable comme résident tandis que l'Italie l'a admis au forfait. La convention tranche, mais après contrôle, avec des années de procédure et, en cas de requalification, le rappel de l'impôt sur la totalité des revenus mondiaux, majoré des intérêts de retard et des pénalités. Les profils les plus exposés sont les dirigeants qui conservent un mandat en France, les couples dont le conjoint reste en France, et les investisseurs qui y reviennent plus de la moitié de l'année sans s'en rendre compte. La preuve de la résidence se construit au quotidien : logement, présence physique documentée, comptes, médecins, écoles, tout doit converger vers l'Italie. C'est aussi pourquoi le forfait familial à 50 000 € par personne suppose que chaque membre de la famille transfère effectivement sa résidence : un conjoint resté en France maintient un foyer en France et fragilise la résidence italienne du contribuable principal. Une expatriation en Italie est un projet familial ou elle n'est pas.

Succession et donation : la convention de 1990 et l'article 750 ter

Le régime des néo-résidents exonère de droits de succession et de donation italiens les biens situés hors d'Italie, et le droit commun italien est lui-même très favorable : 4 % en ligne directe et entre époux après un abattement de 1 000 000 € par bénéficiaire, 6 % entre frères et sœurs après 100 000 €, 6 % pour les autres parents jusqu'au quatrième degré et 8 % pour les tiers, sans abattement. Comparé au barème français, qui atteint 45 % en ligne directe au-delà de 1 805 677 € après un abattement de 100 000 €, l'écart est considérable. C'est l'un des principaux moteurs de l'expatriation en Italie des patrimoines familiaux importants.

Mais la France ne se laisse pas écarter aussi facilement. La convention franco-italienne du 20 décembre 1990 en matière de successions attribue l'imposition des immeubles à l'État de leur situation et celle des biens mobiliers à l'État du domicile du défunt. Surtout, l'article 750 ter du CGI soumet aux droits français l'ensemble des biens transmis, où qu'ils se trouvent, lorsque l'héritier ou le donataire a été domicilié en France pendant au moins six des dix années précédant la transmission, sous réserve d'un crédit pour l'impôt payé à l'étranger. Autrement dit, si les enfants restent en France, le départ des parents en Italie ne fait pas sortir la succession du barème français.

CritèreItalieFrance
Abattement par enfant1 000 000 €100 000 €
Taux en ligne directe4 % au-delà de l'abattementBarème progressif de 5 % à 45 %
Conjoint survivantAbattement 1 000 000 €, taux 4 %Exonération totale
Frères et sœurs6 % après 100 000 €Abattement 15 932 €, puis 35 % jusqu'à 24 430 € et 45 % au-delà
Biens situés hors du pays du défuntExonérés pendant le régime des néo-résidentsImposés si l'héritier est domicilié en France 6 ans sur les 10 dernières années (art. 750 ter)
Convention applicableConvention franco-italienne du 20 décembre 1990 : immeubles au lieu de situation, meubles au domicile du défunt, crédit d'impôt

La même logique s'applique à la donation. Une donation consentie depuis l'Italie à des enfants restés en France retombe dans le champ de l'article 750 ter : les droits français sont dus sur l'ensemble des biens donnés, où qu'ils se situent, avec imputation de l'impôt italien. L'exonération italienne ne produit son effet que si le donataire a lui-même quitté la France depuis au moins six ans. Pour les familles dont les enfants restent en France, il est souvent préférable de donner avant le départ, en mobilisant les abattements et le démembrement du droit français, comme nous l'expliquons dans notre article sur la donation de son vivant avant 80 ans.

{{cta-SIMDROITSUCC="/cta"}}

L'avis d’Etsa

L'Italie est aujourd'hui la destination la plus cohérente pour un investisseur français dont les revenus proviennent de capitaux étrangers et dépassent durablement le million d'euros par an. Pour ce profil, le forfait à 300 000 €, l'exonération des droits de succession sur les biens étrangers et la proximité géographique forment un ensemble que peu de pays égalent dans l'Union européenne.

Pour tous les autres, le calcul est moins évident. Un investisseur dont le patrimoine est majoritairement français paie le forfait en plus des impôts français maintenus, pas à leur place. Un dirigeant qui n'a pas encore cédé se trouve pris entre l'exit tax, le droit d'imposer conservé par la France et la fenêtre d'exclusion italienne. Une famille dont les enfants restent en France ne sort pas du barème successoral français. Et celui qui n'entre dans aucun régime dérogatoire découvre un barème italien plus dur que le barème français dès 50 000 € de revenu.

Ce qui départage les dossiers, ce n'est pas le forfait, c'est la structure du patrimoine au jour du départ : part des revenus de source française, existence d'une holding, localisation des enveloppes, résidence des héritiers. Ces paramètres se travaillent deux à trois ans avant le transfert, pas après.

Le cabinet Etsa Patrimoine se tient à votre disposition pour chiffrer, sur votre situation, le coût réel d'une expatriation en Italie, fiscalité française maintenue comprise, et pour ordonner dans le temps la cession, la restructuration des enveloppes et le transfert de résidence.

Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil personnalisé. Pour une analyse adaptée à votre situation, prenez rendez-vous avec un conseiller en gestion de patrimoine.

Quelle est la flat tax en Italie pour les étrangers ?

La « flat tax » italienne désigne le régime des néo-résidents de l'article 24-bis du TUIR. Une personne qui transfère sa résidence fiscale en Italie, sans y avoir été résidente pendant au moins neuf des dix années précédentes, peut opter pour un impôt forfaitaire annuel qui remplace l'imposition de tous ses revenus de source étrangère. Ce forfait est de 300 000 € par an pour les personnes qui s'installent à compter du 1er janvier 2026, contre 200 000 € pour celles arrivées entre août 2024 et fin 2025 et 100 000 € auparavant. Chaque membre de la famille qui rejoint le régime est couvert pour 50 000 € supplémentaires par an. L'option vaut pour quinze ans au maximum et peut être révoquée, sans possibilité de réintégration. Les revenus de source italienne restent imposés au barème ordinaire, et les plus-values sur participations qualifiées réalisées pendant les cinq premières années sont exclues du forfait. Le régime dispense également des impôts italiens sur les actifs détenus à l'étranger et des droits de succession italiens sur les biens situés hors d'Italie.

Est-il intéressant de s'expatrier en Italie pour payer moins d'impôts ?

Cela dépend presque entièrement du niveau et de la nature des revenus. Le forfait de 300 000 € est fixe : il ne devient avantageux que si l'impôt que vous auriez payé sur vos revenus étrangers dépasse ce montant, ce qui suppose en pratique plus d'un million d'euros de revenus de capitaux par an, davantage encore si une partie de ces revenus est de source française et continue d'être imposée en France. En dessous, le forfait coûte plus cher que le prélèvement forfaitaire unique français. Pour un retraité, le régime à 7 % du Mezzogiorno peut être intéressant à des niveaux de revenus beaucoup plus bas, mais il impose de s'installer dans une commune éligible du Sud. Pour un cadre qui vient travailler en Italie, le régime des impatriés exonère la moitié du revenu d'activité pendant cinq ans. Hors de ces trois régimes, le barème italien atteint 43 % dès 50 000 € de revenu, majoré de taxes additionnelles locales : l'Italie n'est pas, par défaut, un pays à fiscalité légère.

Faut-il payer l'exit tax quand on part vivre en Italie ?

L'exit tax de l'article 167 bis du CGI s'applique si vous avez été résident fiscal français pendant au moins six des dix années précédant votre départ et si vous détenez soit au moins 50 % d'une société, soit un portefeuille de titres d'une valeur supérieure à 800 000 €. Les plus-values en report d'imposition, notamment après un apport-cession, sont également concernées. L'Italie étant membre de l'Union européenne, le sursis de paiement est automatique et ne nécessite aucune garantie : l'impôt est calculé au jour du départ mais n'est pas versé. Il est définitivement dégrevé si vous conservez vos titres pendant deux ans après le départ, ou cinq ans si leur valeur globale dépassait 2,57 M€ au moment du transfert. Une cession, une donation à un non-résident ou un manquement aux obligations déclaratives pendant ce délai rend l'impôt exigible. Le formulaire 2074-ETD doit être déposé l'année du départ, puis un suivi annuel est exigé jusqu'au dégrèvement. En pratique, l'exit tax ne coûte rien à celui qui conserve ses titres, mais elle impose un calendrier.

Comment devenir résident fiscal en Italie ?

Depuis la réforme entrée en vigueur en 2024, une personne est résidente fiscale italienne si, pour la majeure partie de l'année civile, soit au moins 183 jours, elle a en Italie sa résidence au sens civil, son domicile entendu comme le lieu où se développent principalement ses relations personnelles et familiales, ou sa présence physique, les fractions de journée comptant pour une journée. L'inscription au registre de la population résidente (anagrafe) d'une commune est une formalité nécessaire mais ne suffit pas : c'est la réalité de la présence et des attaches qui compte. Pour un Français, la difficulté est symétrique : il faut aussi cesser d'être résident au sens de l'article 4 B du CGI, ce qui suppose de ne conserver en France ni foyer, ni activité professionnelle principale, ni centre des intérêts économiques. En cas de conflit, la convention franco-italienne de 1989 tranche par le foyer d'habitation permanent, puis le centre des intérêts vitaux, puis le séjour habituel, puis la nationalité. L'option pour le forfait des néo-résidents s'exerce dans la déclaration de revenus de la première année de résidence et peut être précédée d'une demande de rescrit.

Quels sont les droits de succession en Italie ?

Les droits de succession italiens sont parmi les plus bas d'Europe occidentale. En ligne directe et entre époux, le taux est de 4 % après un abattement de 1 000 000 € par bénéficiaire. Entre frères et sœurs, il est de 6 % après un abattement de 100 000 €. Pour les autres parents jusqu'au quatrième degré, il est de 6 % sans abattement, et de 8 % sans abattement pour les personnes sans lien de parenté. Les bénéficiaires en situation de handicap grave disposent d'un abattement porté à 1 500 000 €. Pour les personnes placées sous le régime des néo-résidents, les biens situés hors d'Italie sont en outre totalement exonérés pendant la durée du régime. Il faut toutefois tenir compte du droit français : la convention du 20 décembre 1990 attribue les immeubles à l'État de leur situation, et l'article 750 ter du CGI soumet aux droits français l'ensemble de la transmission lorsque l'héritier a été domicilié en France pendant au moins six des dix années précédentes, avec imputation de l'impôt italien. Le régime italien ne produit son plein effet que si les héritiers ont eux-mêmes quitté la France depuis plusieurs années.

Peut-on garder son assurance-vie française en s'expatriant en Italie ?

Oui, le transfert de résidence ne clôture pas un contrat d'assurance-vie français, et les versements comme les rachats restent possibles. La fiscalité change en revanche. Pour un non-résident, les produits des rachats sont soumis en France à un prélèvement dont le taux dépend de l'ancienneté du contrat, sous réserve des dispositions de la convention franco-italienne qui, pour ce type de revenus, attribue en principe l'imposition à l'État de résidence moyennant la production d'une attestation de résidence fiscale à l'assureur. En cas de décès, la fiscalité successorale française de l'assurance-vie continue de s'appliquer selon la résidence du souscripteur et des bénéficiaires au jour du décès et au jour des versements. Beaucoup d'investisseurs qui préparent un départ comparent leur contrat français avec un contrat luxembourgeois, dont la neutralité fiscale dans l'État d'émission et la portabilité d'un pays de résidence à l'autre sont conçues pour ce type de parcours. Le choix dépend de l'encours, de l'ancienneté fiscale du contrat français et de la durée prévue de l'expatriation.

Quels sont les inconvénients de vivre en Italie pour un investisseur ?

Le premier inconvénient est fiscal et souvent ignoré : le forfait italien s'ajoute aux impôts français maintenus sur les revenus de source française (retenues sur dividendes, impôt sur les loyers, IFI sur l'immobilier français) sans crédit d'impôt, ce qui peut rendre l'expatriation plus coûteuse qu'un maintien en France pour un patrimoine essentiellement français. Le deuxième est la rigidité : forfait fixe quelle que soit l'année, sortie irréversible, exclusion des plus-values sur participations pendant cinq ans, retour en France compliqué. Le troisième est le risque de double résidence si les attaches françaises ne sont pas réellement rompues, avec une requalification possible sur plusieurs années. Le quatrième tient à la succession : les enfants restés en France maintiennent la transmission dans le barème français. Enfin, l'immobilier italien cumule des frais d'acquisition élevés, une taxe foncière sur les résidences secondaires et une liquidité très inégale selon les zones. Aucun de ces points n'est rédhibitoire, mais chacun doit être chiffré avant le départ.

Quelle est la différence entre le forfait des néo-résidents et le régime des impatriés en Italie ?

Les deux régimes ne visent pas les mêmes personnes ni les mêmes revenus. Leur cumul, longtemps considéré comme exclu, a été admis par l'administration italienne pour les personnes qui remplissent séparément les conditions de chacun, un durcissement étant toutefois annoncé pour les transferts de résidence postérieurs à 2026. Le forfait des néo-résidents concerne les revenus de source étrangère : un investisseur qui vit de dividendes, d'intérêts, de plus-values ou de loyers perçus hors d'Italie paie 300 000 € par an, quel que soit le montant de ces revenus, pendant quinze ans au plus. Le régime des impatriés concerne les revenus d'activité de source italienne : un salarié ou un professionnel libéral qui vient travailler en Italie voit 50 % de sa rémunération exonérée pendant cinq ans, dans la limite de 600 000 € de revenu, à condition de ne pas avoir été résident italien pendant les trois années précédentes, de justifier d'une qualification élevée et de rester au moins quatre ans. Les revenus de capitaux ne bénéficient d'aucune faveur sous ce second régime. Un cadre dirigeant muté en Italie relève des impatriés ; un dirigeant qui a cédé son entreprise et vit de son patrimoine relève du forfait, s'il en atteint le seuil de rentabilité.

Comment sont imposés les retraités français qui partent vivre en Italie ?

Tout dépend du lieu d'installation et de la nature de la pension. La convention franco-italienne de 1989 attribue l'imposition des pensions privées à l'État de résidence : un retraité du secteur privé installé en Italie y est imposé sur sa pension française, qui cesse d'être imposée en France. Les pensions publiques, versées au titre de fonctions exercées pour l'État ou une collectivité, restent en revanche imposables en France, sauf pour les personnes qui ont la nationalité italienne sans avoir la nationalité française. En Italie, le retraité relève par défaut du barème progressif, dont la tranche à 43 % s'applique dès 50 000 €, majoré des taxes additionnelles régionale et communale. S'il s'installe dans une commune éligible de l'une des huit régions du Mezzogiorno, il peut opter pour le régime de l'article 24-ter du TUIR, qui impose à 7 % l'ensemble de ses revenus de source étrangère, pension comprise, pendant dix ans, à condition de ne pas avoir été résident italien au cours des cinq années précédentes. Ce régime dispense aussi des impôts italiens sur les actifs détenus à l'étranger. Les revenus fonciers français, eux, restent imposés en France dans tous les cas.

Quels sont les frais pour acheter un bien immobilier en Italie ?

Les frais d'acquisition sont plus élevés qu'en France dans leur principe, mais assis sur une base souvent plus faible. Pour un bien ancien acheté auprès d'un particulier, l'impôt d'enregistrement s'élève à 9 % de la valeur cadastrale, qui est généralement inférieure à la valeur de marché, ou à 2 % si le bien constitue la résidence principale de l'acquéreur au sens de la prima casa. S'y ajoutent des taxes hypothécaire et cadastrale forfaitaires de 50 € chacune, les honoraires du notaire et la commission d'agence, qui en Italie est due par l'acheteur comme par le vendeur. Pour un bien neuf acheté auprès d'un promoteur, la TVA remplace l'impôt d'enregistrement : 10 % en règle générale, 4 % pour une résidence principale et 22 % pour un bien classé de luxe. Au total, il est prudent de compter entre 10 et 15 % du prix, selon le bien et le régime applicable. En détention, l'IMU frappe les résidences secondaires et les biens locatifs, la résidence principale hors luxe en étant exonérée, et la plus-value de cession est exonérée après cinq ans de détention par un particulier.

Trouvons ensemble les solutions qui vous correspondent vraiment.

Contact