Fiscalité

Crédit Lombard : mécanique, coût réel et cas d'usage pour investisseurs

Publié le
29/7/2026

Un portefeuille bien construit travaille. Il produit des revenus, capitalise des plus-values, sert une allocation pensée sur plusieurs années. Le vendre pour dégager des liquidités revient souvent à défaire ce qui fonctionne : cristalliser une plus-value imposable, sortir d'une position performante, casser un équilibre. Le crédit Lombard répond précisément à cette tension. Il permet d'emprunter en nantissant ses actifs financiers plutôt qu'en les cédant. L'investisseur conserve son portefeuille, ses revenus et son antériorité fiscale, tout en accédant à une ligne de trésorerie.

La pertinence de cet outil tient à une équation simple et à trois conditions rarement toutes réunies : un écart favorable entre le coût du crédit et le rendement attendu des actifs conservés, une marge de sécurité sur le montant emprunté, et un horizon de sortie identifié dès le départ. Cet article détaille la mécanique du crédit Lombard, son coût réel, ses cas d'usage pour les dirigeants et les professions libérales, son cadre fiscal et les risques qu'il faut objectiver avant de s'engager.

Qu'est-ce que le crédit Lombard et comment fonctionne-t-il ?

Le principe : nantir plutôt que vendre

Le crédit Lombard est un prêt, le plus souvent remboursable in fine, garanti par le nantissement d'un portefeuille de valeurs mobilières ou d'un contrat d'assurance-vie ou de capitalisation. Concrètement, l'investisseur donne ses actifs en garantie à la banque sans en transférer la propriété. Il continue de percevoir les revenus qu'ils génèrent, conserve les plus-values latentes et garde la main sur son allocation. En contrepartie de cette garantie, la banque met à disposition une ligne de crédit adossée à la valeur du portefeuille.

La distinction avec une cession est fondamentale et porte tout l'intérêt de l'outil. En donnant ses titres en garantie, l'investisseur ne les vend pas : aucun transfert de propriété n'intervient, donc aucune plus-value n'est réalisée à la mise en place. Il emprunte contre son patrimoine sans le désinvestir, là où un simple arbitrage consisterait à céder des actifs pour financer un projet.

La quotité de financement selon les actifs nantis

La banque ne prête pas l'intégralité de la valeur du collatéral. Elle applique une quotité, aussi appelée ratio d'avance ou Loan-to-Value (LTV) : la fraction de la valeur des actifs qu'elle accepte de financer. Cette quotité est d'autant plus élevée que l'actif est liquide, peu volatil et facile à valoriser. Un fonds euros se prête mieux qu'un portefeuille de petites capitalisations.

Les ordres de grandeur relevés sur le marché au 1er semestre 2026 se répartissent ainsi, à titre indicatif et sous réserve de confirmation établissement par établissement :

Actif nanti Quotité indicative
Fonds euros / obligations d'État 80 à 95 %
Obligations Investment Grade 70 à 85 %
Actions blue chips (CAC 40) 60 à 70 %
Fonds diversifiés / ETF 50 à 60 %
Moyennes et petites capitalisations 30 à 50 %
Crypto-actifs exclus ou fortement décotés

Ce tableau appelle une nuance : la quotité n'est jamais figée. Elle est recalculée en continu sur la valeur de marché du portefeuille. Un collatéral qui baisse fait mécaniquement remonter la quotité effective, c'est le point de départ de l'appel de marge, développé plus loin.

Durée, taux et remboursement in fine

Le crédit Lombard est un financement de court à moyen terme. Les durées observées vont généralement de un à cinq ans, souvent renouvelables, certains acteurs en ligne allant jusqu'à dix ans. Le remboursement in fine domine : l'investisseur paie les intérêts en cours de vie du crédit, souvent chaque trimestre, et rembourse le capital en une seule fois au terme.

Le taux se décompose en deux éléments. D'un côté un indice de référence, le plus souvent l'Euribor 3 mois, parfois plancher à zéro. De l'autre une marge bancaire, de l'ordre de 0,8 à 1,5 %, qui dépend de la qualité du dossier, du montant et de la relation bancaire. Après la forte décrue des pics de 2023-2024, l'Euribor 3 mois s'est stabilisé autour de 2 % en début d'année avant de remonter progressivement, à environ 2,3 % en fin de 1er semestre 2026 et près de 2,5 % au début de l'été. Compte tenu de la marge, les taux variables tout compris observés ressortent dans une fourchette d'environ 2,8 à 4 %. Certains acteurs en ligne proposent par ailleurs des offres à taux fixe promotionnelles, parfois autour de 2,95 %, soit dans le bas de cette fourchette. Ces valeurs sont des repères de marché à la date de rédaction et doivent être vérifiées avant toute décision.

Les tickets d'entrée varient fortement selon les acteurs : à partir d'environ 100 000 € chez les acteurs en ligne (une offre de référence s'échelonne de 101 000 à 2 000 000 €) et généralement de 250 000 € à plusieurs millions en banque privée. Le crédit Lombard reste, de fait, un outil réservé aux investisseurs disposant d'un patrimoine financier déjà constitué. Sur la logique du remboursement in fine, on retrouve la mécanique décrite dans notre analyse du crédit in fine en gestion de patrimoine.

Combien coûte réellement un crédit Lombard ?

Décomposer le taux et les frais annexes

Le taux facial ne dit pas tout. Au-delà de l'indice et de la marge, il faut intégrer les frais annexes : droits de nantissement, frais de dossier et, selon les établissements, des frais de tenue de l'ordre de 0,1 à 0,3 % par an sur les actifs nantis. La part de taux variable expose par ailleurs à une remontée de l'Euribor, ce qui peut renchérir le coût en cours de vie du crédit. Le bon indicateur n'est donc pas le taux affiché mais le coût annuel tout compris rapporté au montant réellement mobilisé.

L'équation qui décide de tout : coût du crédit contre rendement cible

Le crédit Lombard ne crée de la valeur qu'à une condition : que le rendement net attendu des actifs conservés, ceux que l'investisseur n'a pas vendus, dépasse le coût net du crédit. C'est l'arbitrage central, et il doit être examiné avec rigueur.

Prenons le raisonnement au point de bascule. Si le portefeuille conservé vise un rendement net de 5 à 6 % et que le crédit coûte 3,5 %, l'écart travaille en faveur de l'investisseur : il finance un besoin sans renoncer à un rendement supérieur au coût de son emprunt. À l'inverse, si le portefeuille est majoritairement prudent (un fonds euros servant 2,5 à 3 %) et que le crédit ressort à 4 %, l'arbitrage détruit de la valeur. L'investisseur paierait plus cher son emprunt que ce que rapportent les actifs qui le garantissent.

Cette équation a une contrepartie. Ce rendement supérieur au coût du crédit n'est toutefois jamais garanti. L'effet de levier, mécaniquement, amplifie les pertes autant que les gains : si les actifs conservés sous-performent, l'écart se retourne contre l'investisseur, qui supporte à la fois la contre-performance et le coût du crédit. Enfin, le portefeuille le moins volatil, qui autorise la meilleure quotité, est aussi celui dont le rendement attendu est le plus faible.

Un exemple chiffré

Un investisseur détient un portefeuille de 800 000 €. La banque applique une quotité de 60 %, soit une ligne de crédit disponible de 480 000 €. Au taux de 3,5 %, le coût annuel des intérêts ressort à environ 16 800 €. Ce coût n'a de sens qu'au regard de ce que rapporte, sur la même période, le capital resté investi.

Dans un scénario favorable, le portefeuille progresse de 6 % : les 480 000 € mobilisés ont permis de financer un projet ou une opportunité sans céder des actifs qui, eux, ont continué de produire davantage que le coût du crédit. Dans un scénario défavorable, le portefeuille recule : l'investisseur supporte à la fois la baisse de son patrimoine et la charge d'intérêts, et le rapport entre l'encours et la garantie se dégrade. La décision ne peut se prendre qu'en confrontant ces deux scénarios.

Crédit Lombard ou vente d'actifs : comment trancher

Face à un besoin de liquidités, la question n'est pas de savoir si le crédit Lombard est « bon » dans l'absolu, mais s'il est préférable à la vente d'une partie du portefeuille. Trois paramètres orientent la décision. Le coût fiscal de la cession d'abord : vendre des lignes fortement plus-valuées, logées hors enveloppe fiscale, déclenche une imposition immédiate qui peut dépasser le coût cumulé d'un crédit court. Nantir devient alors l'option la plus efficiente. À l'inverse, si les actifs à mobiliser portent peu de plus-value latente, ou logent dans une enveloppe permettant des retraits peu taxés, la vente évite de payer des intérêts et de s'exposer à un appel de marge.

Le deuxième paramètre est l'horizon du besoin. Un besoin ponctuel, dont le remboursement est visible à court terme (un produit de cession attendu, un flux programmé) se prête au crédit Lombard. Un besoin durable, sans source de remboursement identifiée, se finance plus sainement par un désinvestissement partiel que par une dette qu'il faudra reconduire. Le troisième paramètre est la conviction sur les actifs conservés : ne garder à tout prix, via l'emprunt, que des positions dont on attend réellement un rendement supérieur au coût du crédit. Conserver par principe un actif médiocre au seul motif d'éviter une vente est une erreur d'analyse que le crédit Lombard ne corrige pas, il l'amplifie.

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Pour qui et pour quels usages ? Le cas des dirigeants et professions libérales

Le profil éligible

Le crédit Lombard s'adresse aux investisseurs disposant d'actifs financiers éligibles, liquides et de qualité : contrats d'assurance-vie, comptes-titres, PEA, contrats de capitalisation, parfois parts de SCPI. Au-delà de la nature des actifs, la banque examine le montant du patrimoine financier et le profil de l'emprunteur, qui doit être averti et comprendre le mécanisme de l'effet de levier. Certains supports sont fréquemment exclus du collatéral : positions au SRD, titres non cotés, parts de PEA-PME chez plusieurs établissements. La composition du portefeuille conditionne donc autant l'accès au crédit que son montant.

Le pont de liquidité en cession d'entreprise

Le cas d'usage le plus net concerne le dirigeant en phase de cession. Entre la signature et l'encaissement effectif du produit de cession, ou lorsqu'une opportunité se présente avant que les fonds soient disponibles, le crédit Lombard adossé aux actifs déjà détenus fait le pont. Il évite de vendre dans l'urgence ou de laisser passer une fenêtre. Cette logique se prolonge naturellement dans les stratégies de réinvestissement du produit de cession, notamment via l'apport-cession et le report d'imposition du 150-0 B ter, ou dans le cadre d'un Owner Buy Out.

Financer un appel de fonds Private Equity sans casser l'allocation

Les investisseurs engagés en Private Equity connaissent la contrainte des appels de fonds : le fonds appelle le capital progressivement, à des échéances qu'on ne maîtrise pas entièrement. Plutôt que de conserver des liquidités dormantes en attente d'appel, ou de vendre des lignes performantes au mauvais moment, l'investisseur peut mobiliser une ligne Lombard pour répondre à un capital call. L'allocation reste intacte, le portefeuille continue de travailler. La contrepartie est claire : cette souplesse ajoute une couche de levier à une classe d'actifs déjà peu liquide, ce qui suppose une gestion rigoureuse de l'horizon de remboursement.

Trésorerie du dirigeant et alternative au dividende

Un dirigeant ou une profession libérale ayant besoin de liquidités personnelles peut comparer deux voies. Se verser un dividende suppose un frottement fiscal : prélèvement forfaitaire unique, auquel peut s'ajouter la contribution différentielle sur les hauts revenus. Emprunter en Lombard contre un portefeuille détenu en direct ou via une société patrimoniale évite ce frottement immédiat. Il faut toutefois se garder d'y voir un avantage fiscal automatique : c'est un arbitrage entre le coût du crédit et le coût fiscal de la sortie, à objectiver au cas par cas. Selon le taux, le montant et l'horizon, l'un ou l'autre l'emporte. La même logique s'applique à la gestion des excédents de trésorerie d'une holding patrimoniale.

Fiscalité du crédit Lombard : avantages réels et idées reçues

Nantir n'est pas céder : le vrai avantage fiscal

L'atout fiscal solide du crédit Lombard tient à la nature du nantissement. Donner ses titres en garantie ne constitue pas un fait générateur d'imposition. Les plus-values latentes ne sont pas taxées tant que les actifs ne sont pas vendus. L'investisseur ne déclenche ni prélèvement forfaitaire unique, ni prélèvements sociaux au moment de mobiliser sa ligne de crédit. Il conserve aussi l'antériorité de ses enveloppes : les huit ans d'un contrat d'assurance-vie, l'ancienneté d'un PEA. C'est cet avantage-là, et non une hypothétique déductibilité généralisée, qui fonde l'intérêt fiscal de l'outil.

La déductibilité des intérêts : un avantage très encadré

Plusieurs présentations laissent entendre que les intérêts d'un crédit Lombard seraient déductibles. La réalité est plus étroite. Les intérêts ne sont déductibles que lorsque l'emprunt finance l'acquisition ou la conservation d'un actif produisant un revenu imposable. Le cas typique est l'immobilier locatif nu : les intérêts viennent alors en déduction des revenus fonciers, sur la déclaration 2044. En dehors de ce cadre (financement d'un besoin de consommation, d'un projet personnel ou d'un investissement ne générant pas de revenu imposable) les intérêts ne sont pas déductibles. La déductibilité n'est donc pas une propriété du crédit Lombard en tant que tel, mais une conséquence de l'usage qui en est fait, et elle mérite d'être validée au cas par cas.

Crédit Lombard et IFI

Lorsque le crédit finance l'acquisition ou des travaux sur un bien taxable à l'impôt sur la fortune immobilière, la dette correspondante est en principe déductible de l'assiette IFI. L'avantage doit toutefois être relativisé. Pour les dettes in fine, l'article 974 du Code général des impôts impose un amortissement théorique linéaire : la dette déductible est réputée diminuer chaque année comme si elle était amortie, même en l'absence de tout remboursement. L'avantage IFI s'érode donc mécaniquement au fil du temps. Il n'existe pas d'effet d'aubaine durable à cet endroit.

Vigilance : contribution différentielle et vente forcée

Un dernier point de rigueur. La contribution différentielle sur les hauts revenus, reconduite en 2026 pour les foyers dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 € pour une personne seule et 500 000 € pour un couple, avec un taux minimal d'imposition de l'ordre de 20 % change la donne en cas de vente forcée. Si un appel de marge n'est pas honoré et que la banque liquide une partie du collatéral, la plus-value alors réalisée devient imposable, éventuellement au plus mauvais moment. Le crédit Lombard ne supprime pas la fiscalité de sortie ; il en diffère seulement le calendrier.

Risques, appel de marge et horizon de sortie

La mécanique de l'appel de marge, chiffrée

Le risque principal du crédit Lombard porte un nom : l'appel de marge. Il découle directement du fait que la quotité n'est jamais acquise : la banque la recalcule en continu sur la valeur de marché du portefeuille. Comme l'encours emprunté reste fixe tandis que la valeur du collatéral fluctue, une baisse du portefeuille fait mécaniquement grimper la quotité effective — le rapport entre l'encours et la valeur du portefeuille. L'appel de marge se déclenche lorsque cette quotité effective dépasse un plafond fixé par la banque.

Par exemple, un investisseur emprunte 480 000 € contre un portefeuille de 800 000 €, soit une quotité de départ de 60 %. Si le portefeuille recule de 20 % pour tomber à 640 000 €, l'encours de 480 000 € représente désormais 75 % de la garantie. La quotité effective est ainsi passée de 60 % à 75 %, se rapprochant du seuil au-delà duquel la banque exige un réajustement : apport de liquidités, remboursement partiel ou garantie complémentaire. À défaut, elle liquide le collatéral, généralement lorsque la quotité effective franchit un plafond de l'ordre de 80 à 85 %, parfois dans un délai de 48 à 72 heures. C'est là que se matérialise le risque : une vente forcée intervient par définition dans un marché baissier, au moment le moins favorable, et cristallise une perte que l'investisseur aurait sans doute préféré ne pas réaliser.

Stress-test et marge de sécurité

La parade n'est pas d'éviter l'outil mais de le calibrer. Emprunter au maximum de la quotité autorisée revient à s'exposer au premier soubresaut de marché. Conserver un coussin de sécurité permet d'absorber la volatilité sans déclencher d'appel de marge. Cette marge de sécurité se raisonne en fonction de la composition du collatéral : un portefeuille concentré ou volatil justifie une prudence accrue, car sa valeur peut décrocher vite. Un stress-test préalable, simulant une baisse de 20 à 30 % du portefeuille, indique si la structure résiste ou si elle expose à une liquidation.

Horizon de sortie et risque de taux

Le crédit Lombard est un instrument de court à moyen terme, et sa sortie se pense dès l'origine. Comment sera remboursé le capital au terme ? Par la cession programmée d'actifs, par un flux de liquidité attendu comme un produit de cession, ou par un refinancement ? Répondre à cette question avant de signer évite de se retrouver contraint au terme. Deux risques accompagnent cet horizon. Le risque de taux, d'abord, sur la part variable indexée sur l'Euribor : une remontée renchérit le coût. Le risque de liquidité, ensuite, lorsque le collatéral repose sur des actifs peu liquides (certaines SCPI, des fonds de Private Equity) dont le débouclage peut être long et contraint. Pour un portefeuille intégrant des SCPI ou une part importante d'assurance-vie, cette dimension mérite d'être arbitrée en amont dans le cadre d'une stratégie patrimoniale globale.

Quelle banque et comment mettre en place un crédit Lombard ?

Banques privées ou acteurs en ligne

Deux familles d'acteurs se partagent le marché. Les banques privées et départements de private banking, BNP Paribas, Société Générale, Indosuez, Rothschild, Pictet, Lombard Odier, Swiss Life Banque Privée, entre autres, proposent des montages sur mesure pour des tickets élevés, avec une négociation fine de la quotité et de la marge. Les acteurs en ligne, à l'image de Boursobank, ouvrent l'outil à des tickets plus accessibles, souvent à taux fixe et avec un process digitalisé. Le choix ne se résume pas au taux : la quotité offerte, les frais, les actifs acceptés et surtout la qualité du suivi en cas de tension de marché pèsent autant. C'est précisément lorsque le marché décroche que la relation bancaire montre sa valeur.

Les étapes de mise en place

Le déroulé est balisé. La banque analyse d'abord le portefeuille et son éligibilité, détermine la quotité et le montant finançable, puis formalise une convention de nantissement. Les fonds sont ensuite débloqués, généralement en quelques jours. Le rôle d'un conseiller en gestion de patrimoine ne se limite pas à la mise en relation : il consiste à négocier la marge et la quotité, à calibrer le montant en fonction d'une marge de sécurité, et surtout à intégrer l'opération dans l'allocation globale. Un crédit Lombard traité isolément, sans vue d'ensemble sur le patrimoine et ses flux, expose davantage qu'il ne sert.

L'avis d'Etsa Patrimoine

Le crédit Lombard est un outil de trésorerie patrimoniale, pas une stratégie en soi. Sa valeur tient à ce qu'il permet d'éviter : vendre ses actifs, déclencher l'impôt et défaire une allocation construite. Utilisé pour cela, il rend de réels services. Présenté comme une source de rendement gratuite ou comme une martingale fiscale, il induit en erreur.

Notre lecture tient en trois conditions, qui doivent être réunies simultanément.

- Un écart favorable et réaliste entre le coût du crédit et le rendement attendu des actifs conservés, sans cet écart, l'opération ne se justifie pas.

- Une marge de sécurité sur la quotité, ne jamais tirer au maximum, sous peine de s'exposer au premier repli de marché.

- Un horizon de sortie identifié dès l'origine, savoir comment le capital sera remboursé avant de l'emprunter.

Le risque déterminant tient moins au taux qu'à l'appel de marge, surtout lorsqu'il coïncide avec un besoin de liquidité au mauvais moment. L'effet de levier doit rester une contrainte supportée par le portefeuille, jamais par le train de vie de l'investisseur. Dans cette perspective, le crédit Lombard trouve sa meilleure justification comme pont de liquidité (en cession, sur un appel de fonds, sur une opportunité datée) et se discute davantage comme financement de long terme d'un actif peu rentable.

Ce qu'il faut retenir

Le crédit Lombard permet d'emprunter en nantissant son portefeuille sans le vendre, en conservant revenus, plus-values latentes et antériorité fiscale. La quotité accordée dépend de la liquidité des actifs et vit avec la valeur du portefeuille : elle n'est jamais acquise. Le coût réel du crédit ne se juge qu'en le confrontant au rendement cible des actifs conservés, et cet écart peut se retourner. La fiscalité est plus encadrée qu'on ne le lit souvent : le vrai avantage est l'absence de fait générateur au nantissement, la déductibilité des intérêts et le bénéfice IFI restant conditionnels et datés. Enfin, l'appel de marge et l'horizon de sortie commandent la prudence et une marge de sécurité. Le crédit Lombard est un instrument efficace lorsqu'il est employé avec méthode et une marge de sécurité suffisante ; il devient fragile dès qu'il est tiré au maximum de ses capacités.

Le cabinet Etsa Patrimoine se tient à votre disposition pour déterminer si un crédit Lombard est pertinent dans votre situation, calibrer la quotité et l'horizon de sortie adaptés à votre portefeuille, et l'intégrer à votre allocation globale sans en subir les risques.

Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil personnalisé. Les données fiscales et de marché citées valent pour juillet 2026 et doivent être vérifiées à la date de lecture. Pour une analyse adaptée à votre situation, prenez rendez-vous avec un conseiller en gestion de patrimoine.

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Comment fonctionne le crédit Lombard ?

Vous nantissez un portefeuille d'actifs financiers (assurance-vie, compte-titres, PEA, capitalisation) en garantie d'un prêt, sans les vendre. La banque prête une fraction de leur valeur, appelée quotité, et le crédit se rembourse le plus souvent in fine : intérêts en cours de vie, capital au terme.

Qui a droit au crédit Lombard ?

Les investisseurs disposant d'actifs financiers éligibles, liquides et de qualité, et d'un profil averti. Un ticket minimum s'applique, souvent à partir d'environ 100 000 € chez les acteurs en ligne et de 250 000 € en banque privée. Certains supports sont exclus du collatéral, comme les titres non cotés, le PEA-PME ou les positions au SRD selon les établissements.

Quel taux pour un crédit Lombard ?

Le taux combine un indice de référence, le plus souvent l'Euribor 3 mois parfois plancher à zéro, et une marge bancaire de l'ordre de 0,8 à 1,5 %. Au 1er semestre 2026, avec un Euribor 3 mois autour de 2,0 à 2,5 %, les taux tout compris observés se situent souvent entre environ 2,8 et 4 %, certains acteurs en ligne proposant des offres promotionnelles à taux fixe autour de 2,95 %. Ces valeurs sont des repères de marché à vérifier à la date de votre projet.

Quelle banque propose le crédit Lombard ?

Les banques privées et départements de private banking (BNP Paribas, Société Générale, Indosuez, Rothschild, Pictet, Lombard Odier, Swiss Life Banque Privée) ainsi que des acteurs en ligne comme Boursobank. Le choix dépend de la quotité offerte, du taux, des frais, des actifs acceptés et de la qualité du suivi en cas de tension de marché.

Quels sont les inconvénients du crédit Lombard ?

Le principal est l'appel de marge : si la valeur du collatéral baisse, la banque peut exiger un apport, un remboursement, voire vendre vos actifs. S'y ajoutent l'effet de levier qui amplifie les pertes, le risque de taux sur la part variable et un horizon court à moyen terme qui impose de penser la sortie dès le départ.

Comment se rembourse un crédit Lombard ?

Le plus souvent in fine : vous payez les intérêts périodiquement, souvent chaque trimestre, et le capital en une fois au terme. Le remboursement peut s'appuyer sur la cession programmée d'actifs, un flux de liquidité attendu comme un produit de cession, ou un refinancement. Le remboursement anticipé est généralement possible.

Le crédit Lombard déclenche-t-il l'imposition de mes plus-values ?

Non. Le nantissement n'est pas une cession : vos plus-values latentes ne sont pas imposées tant que vous ne vendez pas, ce qui constitue l'un des intérêts fiscaux majeurs de l'outil. En revanche, une vente forcée consécutive à un appel de marge non honoré rendrait la plus-value imposable.

Les intérêts d'un crédit Lombard sont-ils déductibles des impôts ?

RSeulement si l'emprunt finance un actif générant un revenu imposable, typiquement de l'immobilier locatif nu, avec déduction sur les revenus fonciers. Pour un usage de consommation ou un investissement non générateur de revenus imposables, les intérêts ne sont pas déductibles. Ce point est à valider selon votre situation et le régime en vigueur en 2026.

Quelle différence entre crédit Lombard et crédit in fine classique ?

Un crédit Lombard est un crédit in fine dont la garantie est un nantissement d'actifs financiers, et non une hypothèque immobilière assortie d'une assurance emprunteur. Il se distingue par sa souplesse, sans justificatif d'usage et avec une mise en place rapide, mais par un risque spécifique : l'appel de marge lié à la valeur du portefeuille nanti.

Combien peut-on emprunter avec un crédit Lombard ?

Le montant dépend de la quotité appliquée à vos actifs : de 80 à 95 % pour un fonds euros ou des obligations d'État, à 50 à 60 % pour un portefeuille diversifié, et 30 à 50 % pour des actions moins liquides. Par prudence, il est rarement conseillé d'emprunter au maximum de la quotité, afin de conserver une marge face à la volatilité.

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