Introduction
Le private equity n’est plus réservé aux institutionnels. Pour les dirigeants et investisseurs fortunés, il devient un pilier stratégique de l’allocation patrimoniale, à la fois moteur de performance, outil de diversification et levier fiscal.
Mais quelle part lui consacrer ? À quelles conditions ? Et comment l’intégrer intelligemment dans une stratégie patrimoniale globale sans déséquilibrer son portefeuille ?
Dans cet article, nous répondons à ces questions avec une approche concrète, structurée et adaptée aux hauts patrimoines.
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Pourquoi intégrer le private equity dans une stratégie patrimoniale globale ?
Un moteur de performance à long terme pour les investisseurs patients
Le private equity s’est imposé comme un vecteur de performance solide sur le long terme, bien au-delà des fluctuations des marchés cotés. Selon les données d’Hamilton Lane ou Preqin, les fonds de capital-investissement sur 10 ans ont historiquement surperformé les indices boursiers (S&P 500 ou MSCI World) de plusieurs points de pourcentage annuels, avec une volatilité souvent plus contenue.
Cette performance s’explique par plusieurs leviers :
- un accès à des entreprises en phase de croissance ou de transformation ;
- une gestion active et engagée des participations ;
- des effets de levier bien maîtrisés.
Mais cette performance s’adresse à des profils précis. Pour les dirigeants et cadres supérieurs disposant d’un patrimoine conséquent, la durée d’investissement — souvent de 8 à 10 ans, n’est pas un frein. Elle devient même un avantage stratégique, en leur permettant de décorréler une partie de leur portefeuille des soubresauts des marchés financiers classiques.
Diversification au-delà des actifs traditionnels (actions, obligations, immobilier)
Dans une stratégie patrimoniale bien structurée, la diversification n’est pas un luxe, mais une nécessité. Or, trop souvent, les portefeuilles sont concentrés autour des mêmes classes d’actifs : immobilier, assurance-vie en fonds euros, actions cotées via PEA ou unités de compte.
Le private equity offre une diversification réelle, tant sectorielle que géographique, avec une exposition à :
- des PME non cotées françaises ou européennes ;
- des secteurs innovants comme la healthtech, la greentech ou l’intelligence artificielle ;
- des stratégies variées : capital-développement, capital-transmission (LBO), capital-risque.
Ce type d’actif permet ainsi de lisser les risques globaux du portefeuille et d’accéder à des moteurs de croissance déconnectés des cycles boursiers traditionnels, ce qui renforce la robustesse patrimoniale à long terme.
Accès à l’économie réelle et à l’innovation
Les chefs d’entreprise ou anciens dirigeants sont souvent sensibles à une idée simple : replacer une partie de leur capital au service de l’économie réelle. Le private equity y répond directement, en finançant la croissance des entreprises françaises et européennes non cotées, souvent en phase de développement ou de transmission.
Au-delà du rendement, investir dans le private equity, c’est :
- soutenir l’innovation locale ;
- accompagner des entrepreneurs dans leur stratégie ;
- donner du sens à une partie de son patrimoine.
Cette logique s’aligne parfaitement avec les valeurs entrepreneuriales que partagent beaucoup de dirigeants investisseurs. C’est aussi une manière de recycler une partie de son capital vers une économie productive, avec un retour à la fois économique, sociétal et fiscal, lorsqu’on choisit bien les supports d’investissement.
Quelle allocation cible pour le private equity selon le profil patrimonial ?
Les recommandations pour les patrimoines supérieurs à 1 M€, 5 M€ et 10 M€
Il n’existe pas de recette universelle, mais des repères fiables peuvent guider l’intégration du private equity en fonction du niveau de patrimoine.
- À partir de 1 M€ de patrimoine financier, une exposition de 5 à 10 % peut être envisagée, à condition de disposer d’un matelas de liquidités suffisant pour faire face aux imprévus et aux besoins à court terme. Il s’agit ici de commencer à construire une poche de performance différée, dans une optique prudente.
- Entre 5 M€ et 10 M€, les marges de manœuvre s’élargissent. Il devient pertinent de viser 10 à 20 % d’allocation, en panachant les typologies de fonds (capital développement, secondaire, infrastructures) et les horizons de sortie. Cette tranche permet aussi d’utiliser des véhicules sophistiqués, comme les FPCI ou l’assurance-vie luxembourgeoise.
- Au-delà de 10 M€, on entre dans une logique de construction multi-couches, proche de celle des family offices. L’exposition au private equity peut alors atteindre 25 à 30 % du portefeuille global, tout en restant compatible avec les objectifs de transmission, de maitrise de sa fiscalité et de gestion du risque.
Dans tous les cas, l’allocation doit rester corrélée au degré de liquidité exigé, aux autres actifs (immobilier, entreprise, portefeuille titres) et aux objectifs à moyen/long terme. La clé reste la cohérence globale.
L’approche des Family Offices et investisseurs institutionnels
Les plus grandes fortunes patrimoniales, familles industrielles, dirigeants reconvertis en investisseurs, holdings patrimoniales, ont depuis longtemps intégré le private equity comme un pilier stratégique de leur allocation.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- les family offices européens allouent en moyenne 15 à 25 % de leurs actifs au private equity (source : Campden Wealth, UBS Global Family Office Report) ;
- les institutionnels (fonds de pension, mutuelles) peuvent aller bien au-delà, avec 30 à 40 % d’exposition, notamment via des fonds primaires, secondaires ou directs.
Pourquoi une telle proportion ? Parce qu’ils raisonnent sur des horizons de temps longs, disposent de liquidités abondantes, et peuvent accepter l’illiquidité en échange d’un couple rendement/risque supérieur.
Pour un chef d’entreprise ou un particulier fortement patrimonialisé, s’inspirer de cette approche long terme et multi-supports permet de structurer son portefeuille avec les mêmes codes d’efficacité.
Le bon dosage selon la liquidité globale du portefeuille
Le principal piège dans une stratégie d’allocation en private equity, ce n’est ni le rendement ni le risque sectoriel : c’est l’illiquidité.
Les fonds de private equity imposent généralement :
- un blocage des fonds sur 7 à 10 ans ;
- une absence de valorisation fréquente ;
- des appels de fonds progressifs et parfois imprévisibles.
Ainsi, le niveau de liquidité résiduelle du portefeuille global devient déterminant. Une mauvaise estimation peut fragiliser la structure patrimoniale, notamment en cas de besoin imprévu (rachat, donation, fiscalité, transmission).
En pratique, il est essentiel de :
- conserver un coussin de liquidité immédiate d’au moins 12 à 24 mois de dépenses prévisionnelles ;
- articuler les poches d’actifs entre liquidité, rendement et blocage (fonds euros, actions, immobilier, PE) ;
- adapter l’allocation à son cycle de vie patrimoniale : accumulation, stabilisation, transmission.
L’enjeu n’est pas d’investir plus, mais d’investir mieux, au bon moment et au bon rythme, en cohérence avec l’ensemble du bilan patrimonial.
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Quels véhicules choisir pour optimiser sa stratégie private equity ?
FCPR, FCPI, FPCI, unités de compte en assurance-vie française ou luxembourgeoise
L’accès au private equity ne se fait pas en direct pour la plupart des investisseurs privés. Il passe par des véhicules d’investissement réglementés, chacun avec ses spécificités juridiques, fiscales et patrimoniales.
- FCPR (Fonds Communs de Placement à Risques) : le plus utilisé par les particuliers fortunés. Il permet d’investir dans un portefeuille diversifié d’entreprises non cotées. Certains FCPR sont éligibles au compte-titres ou à l’assurance-vie et peuvent bénéficier d'une exonération d’impôt sur les plus-values en cas de détention de 5 ans.
- FCPI (Fonds Communs de Placement dans l’Innovation) : plus ciblés sur les entreprises innovantes, ces fonds offrent un avantage fiscal à l’entrée (réduction d’impôt sur le revenu) mais sont soumis à des contraintes de répartition sectorielle.
- FPCI (Fonds Professionnels de Capital Investissement) : réservés aux investisseurs avertis, ces fonds offrent une grande flexibilité de gestion, sans contraintes de quotas sectoriels. Ils sont adaptés aux patrimoines élevés et peuvent être logés dans des holdings ou dans des assurances-vie luxembourgeoises.
- Unité de compte private equity en assurance-vie luxembourgeoise : c’est la solution reine pour les patrimoines supérieurs à 2,5 M€, en combinant souplesse fiscale, neutralité successorale et architecture ouverte. Elle permet d’investir dans des fonds de private equity tout en bénéficiant du cadre avantageux de l’assurance-vie luxembourgeoise : neutralité fiscale jusqu’au rachat, portabilité internationale, protection juridique renforcée.
Le choix du véhicule dépend donc du niveau de patrimoine, de l’horizon d’investissement, de l’appétence au risque, mais aussi du cadre juridique souhaité (assurance-vie, compte-titres, holding patrimoniale).
Accès direct vs fonds de fonds vs plateformes digitales
L’accès au private equity peut se faire selon trois modalités principales, avec des implications différentes en termes de sélection, de frais, de diversification et de gouvernance.
- Accès direct : il s’agit d’investir dans une entreprise non cotée en tant qu’actionnaire minoritaire ou via une holding familiale. Cette stratégie offre un fort potentiel de rendement… mais un risque élevé, une illiquidité totale, et nécessite un temps de gestion considérable. Elle reste réservée à des dirigeants très expérimentés ou disposant d’un accompagnement professionnel.
- Fonds de private equity (ou fonds de fonds) : c’est le mode d’accès le plus répandu. Le ticket d’entrée (souvent 100 000 à 250 000 €) permet de mutualiser les risques, avec une gestion pilotée par des professionnels. Les fonds de fonds permettent une diversification maximale mais impliquent une double couche de frais.
- Plateformes digitales (type Moonfare, Private Corner, etc.) : ces plateformes démocratisent l’accès au private equity institutionnel à partir de 100 000 € en regroupant les investisseurs dans des véhicules communs. Elles offrent une sélection prévalidée de fonds reconnus, une interface fluide, mais impliquent de bien comprendre la structuration juridique en place (SPV, feeder fund, etc.).
Chaque mode d’accès a ses avantages et contraintes. La clé est d’aligner le véhicule avec les objectifs du client : performance, fiscalité, contrôle, horizon, délégation.
Importance de la sélection du gestionnaire : track record, thèse d’investissement
En private equity, la qualité du gestionnaire fait toute la différence. Contrairement aux actions cotées où la performance suit globalement les indices, la dispersion des rendements entre les bons et les mauvais fonds de PE est extrêmement large.
Deux facteurs doivent retenir l’attention :
- Le track record du gestionnaire : il faut analyser ses performances passées sur au moins deux cycles économiques, son taux de réussite par opération, son taux d’IRR net pour les investisseurs, et sa capacité à restituer du cash dans les délais. Un bon gestionnaire sait aussi gérer les sorties intelligemment (LBO secondaire, IPO, cession industrielle).
- La thèse d’investissement : les meilleurs fonds ont une approche sectorielle ou géographique claire. Plutôt que de se disperser, ils ciblent des niches maîtrisées : santé, tech, infrastructures, transition énergétique… Ce positionnement stratégique est un facteur clé de performance et de résilience.
Enfin, il est essentiel d’évaluer :
- la transparence des frais (frais d’entrée, de gestion, de performance) ;
- le niveau d’alignement des intérêts entre les gérants et les souscripteurs ;
- les mécanismes de reporting et de liquidité intermédiaire.
Un conseil avisé ou l’accompagnement par un expert en gestion patrimoniale permet d’éviter les erreurs coûteuses et d’accéder aux meilleurs millésimes, souvent fermés au grand public.
Risques, horizons et contraintes à intégrer dans la stratégie globale
Illiquidité : comment l’anticiper dans la gestion globale ?
Le principal risque du private equity n’est ni la perte en capital, ni la volatilité. C’est l’illiquidité structurelle des fonds. Contrairement aux marchés cotés, où un actif peut être vendu en quelques clics, les investissements en capital-investissement sont verrouillés sur des périodes allant de 7 à 10 ans, sans possibilité de retrait anticipé.
Ce verrouillage n’est pas un bug, mais une caractéristique inhérente de l’actif. Il permet aux gérants de déployer du capital sans pression court-termiste et de piloter des stratégies de création de valeur sur le long terme. En contrepartie, l’investisseur doit organiser sa gestion de trésorerie en amont.
Quelques principes à respecter :
- Limiter l’exposition illiquide à un niveau soutenable, en fonction de son âge, de ses revenus récurrents et de ses projets (donations, rachats, succession) ;
- Fractionner les engagements dans le temps (millésimes différents) pour lisser les appels de fonds et les distributions ;
- Maintenir une poche de liquidités ou de supports faiblement volatils (fonds euros, monétaire, comptes à terme) représentant au moins 2 à 3 ans de besoins de cash-flow.
Pour les investisseurs les plus sophistiqués, des solutions secondaires commencent à émerger pour revendre ses parts sur un marché secondaire, mais à des conditions souvent décotées. Mieux vaut donc anticiper que subir.
Fiscalité : quels leviers d’optimisation ?
Le private equity n’est pas un simple moteur de performance, c’est aussi un levier de maitrise de sa fiscalité particulièrement intéressant lorsqu’il est bien intégré à une stratégie patrimoniale.
Parmi les principaux avantages fiscaux à activer :
- Exonération d’IR sur les plus-values, en cas de détention des parts de FCPR/FCPI pendant au moins 5 ans (hors prélèvements sociaux) ;
- Réduction d’impôt sur le revenu, pouvant aller jusqu’à 25 % du montant investi dans certains FCPI ou FIP (dans la limite des plafonds annuels) ;
- Défiscalisation IFI, si les parts de private equity sont logées dans des entités qualifiées comme non imposables à l’IFI (ex : parts de FPCI hors immobilier, investissements dans des PME opérationnelles) ;
- Logement dans une assurance-vie luxembourgeoise, qui permet de neutraliser toute fiscalité tant que les fonds ne sont pas rachetés, tout en offrant une enveloppe de transmission performante ;
- Fonds de private equity éligible à l’article 150 0 B Ter, remploi des fonds à la suite d’une cession pour reporter l’imposition.
Toutefois, ces mécanismes nécessitent une lecture fine de la réglementation, car la fiscalité du private equity est hétérogène, mouvante et parfois piégeuse. Par exemple, certaines clauses de retour à meilleure fortune ou de carried interest peuvent avoir un impact fiscal non négligeable.
Il est donc indispensable de croiser les compétences fiscales et patrimoniales pour tirer pleinement profit du levier fiscal du non coté, sans tomber dans les montages artificiels.
Private equity et transmission patrimoniale : quels enjeux ?
Intégrer du private equity dans une stratégie patrimoniale, c’est aussi anticiper la manière dont ces actifs seront transmis à la génération suivante, ou cédés dans un cadre de réorganisation.
Contrairement à des actifs liquides (liquidités, portefeuilles titres, SCPI), les parts de private equity soulèvent plusieurs enjeux spécifiques en cas de décès, de donation ou de cession :
- Valorisation complexe : la valeur des parts de FCPR ou FPCI n’est pas toujours connue ou actualisée, ce qui peut compliquer le calcul des droits de succession ;
- Indisponibilité : les héritiers ou donataires ne peuvent pas facilement vendre ces actifs pour payer des droits, d’où la nécessité d’une bonne anticipation successorale ;
- Transfert à titre gratuit : le private equity peut parfaitement s’intégrer dans un Pacte Dutreil, à condition que les parts transmises concernent une société opérationnelle éligible. Cela permet une exonération de 75 % de la base taxable, sous conditions de durée de détention et de conservation.
Une stratégie efficace peut consister à :
- créer une holding patrimoniale logeant les actifs de private equity ;
- organiser des donations progressives de parts, avec réserve d’usufruit ou démembrement ;
- structurer l’investissement via une assurance-vie luxembourgeoise en co-souscription dénouée au premier décès, afin de transmettre les capitaux dans un cadre exonéré.
En clair, le private equity peut devenir un outil puissant de transmission, à condition de l’anticiper dans le cadre d’une planification patrimoniale rigoureuse, personnalisée et pilotée sur le long terme.
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Conclusion
Dans un contexte où la recherche de performance et la gestion du risque s’inscrivent dans une logique de long terme, le private equity trouve pleinement sa place dans une stratégie patrimoniale globale, dès lors qu’il est intégré de manière structurée.
Pour les dirigeants, cadres supérieurs ou familles patrimonialisées, il ne s’agit pas simplement d’augmenter la performance, mais de diversifier intelligemment, de renforcer la résilience du portefeuille, et d’optimiser la transmission et la fiscalité.
Mais l’exposition à cette classe d’actifs exige une réflexion fine sur :
- le niveau de liquidité globale,
- le choix des véhicules,
- l’adéquation avec les objectifs de vie,
- et la qualité des gestionnaires sélectionnés.

