L'apport-cession reste, en 2026, l'un des principaux leviers de différé d'imposition pour les dirigeants en phase de cession. La loi de finances 2026 n'abroge pas l'article 150-0 B ter du CGI, mais elle durcit significativement ses conditions : quota de remploi relevé, délais allongés, conservation imposée sur une durée bien plus longue, périmètre des activités éligibles resserré. Un tournant pour les chefs d'entreprise qui envisagent une opération dans les prochains mois.
Ce que la LF 2026 change réellement pour l'apport-cession
Un quota de remploi porté de 60 % à 70 %
Première évolution à noter : lorsque la holding cède les titres apportés dans les trois ans suivant l'apport, elle doit désormais réinvestir 70 % du produit de cession dans une activité économique éligible, contre 60 % auparavant. L'effort de remploi s'accroît mécaniquement, et la fraction libre laissée à la trésorerie de la holding se réduit d'autant.
Pour une cession à 3 M€, la cible de remploi passe de 1,8 M€ à 2,1 M€. La marge de manœuvre sur la poche "libre" de la holding (contrat de capitalisation, comptes à terme, SCPI, trésorerie rémunérée) se resserre : 900 000 € contre 1,2 M€ sous l'ancien régime.
Un délai de remploi allongé à 3 ans
Le délai imparti à la holding pour réaliser le remploi est porté de 2 à 3 ans. Une respiration apparente, qui s'accompagne en réalité d'une contrainte plus lourde en aval.
Cinq ans de conservation sur les actifs acquis en remploi
C'est la nouveauté la plus rigide du dispositif. Les actifs acquis dans le cadre du remploi des 70 % devront être conservés pendant cinq ans, contre un an auparavant. Cette extension aligne la contrainte du 150-0 B ter sur des logiques d'investissement véritablement longs, et limite sensiblement les arbitrages de portefeuille en cours de route.
Pour le dirigeant, cela signifie qu'une erreur de calibrage en amont (choix d'un FPCI inadapté, pari industriel incertain) devient beaucoup plus difficile à corriger. La sélection des supports de remploi passe au premier plan dès la conception de l'opération.
Un périmètre d'activités éligibles resserré
La LF 2026 précise la liste des activités exclues du remploi :
- les activités financières ;
- les activités de gestion du propre patrimoine mobilier ou immobilier de la holding ;
- un ensemble large d'activités immobilières : construction d'immeubles en vue de la vente ou de la location, activités immobilières de rendement ;
- certaines activités à revenus garantis, en particulier celles soumises à un tarif réglementé de rachat ou à un complément de rémunération au sens de l'article L. 314-18 du code de l'énergie (certaines activités photovoltaïques, éoliennes notamment).
Restent éligibles les activités industrielles, commerciales, artisanales, agricoles ou libérales, conformément à l'esprit historique du dispositif. L'objectif affiché du législateur : recentrer le remploi sur l'économie "réellement productive", en écartant les stratégies bâties autour de revenus récurrents peu risqués.
Entrée en vigueur et recours constitutionnel
Les nouvelles dispositions s'appliquent aux cessions réalisées à compter du lendemain de la publication de la LF 2026. Les opérations engagées avant cette date bénéficient donc du régime antérieur (60 %, 2 ans, 1 an de conservation).
Tableau de synthèse

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La holding animatrice, sujet central de la réussite du dispositif
Indépendamment des évolutions propres au 150-0 B ter, la qualification de holding animatrice reste le point cardinal de toute architecture d'apport-cession aboutie. Elle conditionne l'accès à plusieurs régimes de faveur connexes : exonération IFI au titre des biens professionnels, application du Pacte Dutreil en transmission (art. 787 B CGI), abattement fixe de 500 000 € pour départ à la retraite (art. 150-0 D ter) en cas de sortie personnelle des titres.
Pour être qualifiée d'animatrice, la holding doit participer activement à la conduite de la politique du groupe et rendre des services effectifs à ses filiales : direction stratégique, services administratifs, juridiques, financiers, RH. Cette réalité se documente : comptes rendus de comités stratégiques, conventions de prestations facturées, moyens humains affectés. Sans ces éléments, la holding est requalifiée en société de gestion de portefeuille, avec des conséquences majeures sur l'IFI et sur la transmission, même si le report 150-0 B ter reste, par lui-même, technique intacte.
Arbitrer entre FPCI et investissement direct sous le nouveau régime
Le dirigeant dispose de deux voies principales pour satisfaire son obligation de remploi. Le nouveau cadre 2026 rebat les cartes sur chacune.
Les FPCI, la voie de la délégation
Le Fonds Professionnel de Capital Investissement reste le véhicule privilégié des dirigeants qui ne souhaitent pas piloter eux-mêmes le redéploiement de leur capital. Deux exigences contractuelles s'imposent :
- le fonds s'engage à investir au moins 75 % de son actif dans des sociétés opérationnelles non cotées de l'EEE, dont une part significative en PME ;
- ses délais de déploiement doivent être compatibles avec les 3 ans désormais impartis à la holding pour le remploi.
L'extension à 5 ans de la durée de conservation des parts du fonds s'aligne relativement bien sur le cycle naturel d'un FPCI (6 à 10 ans). Mais elle pénalise les fonds dont la maturité de distribution est plus courte. La sélection d'un fonds "150-0 B ter compatible" exige désormais une lecture attentive du règlement, des engagements du gérant et de son historique de respect des quotas.
Rendement cible usuel : 7 % à 12 % nets annuels, non garantis. Blocage effectif : 6 à 10 ans. Frais de gestion : 1,50 % à 2,50 % par an, auxquels peut s'ajouter un carried interest.
Investissement direct dans une PME opérationnelle
La seconde voie consiste à réinvestir dans une ou plusieurs sociétés cibles que le dirigeant pilote : rachat d'un concurrent, prise de participation majoritaire, opération de build-up. Trois contraintes techniques s'imposent :
- le remploi prend la forme d'une souscription au capital (création ou augmentation) ; l'apport en compte courant n'est pas éligible ;
- la holding doit prendre le contrôle de la cible ou y exercer une fonction de direction effective, selon les cas ;
- les cinq années de conservation s'imposent désormais aux titres souscrits, ce qui verrouille la possibilité d'une sortie anticipée en cas de projet sous-performant.
Ce point change la donne. Sous l'ancien régime, le dirigeant pouvait en théorie céder sa participation au bout d'un an et redéployer sur une autre cible. Cette flexibilité disparaît. Le choix de la cible doit donc être, en 2026, très solidement instruit.
L'arbitrage "viabilité avant fiscalité"
Le relèvement du quota à 70 % et la conservation sur cinq ans accentuent un risque bien connu : remployer dans l'urgence, dans une cible mal sélectionnée, pour "sauver" le report. Dans ce scénario, les pertes en capital dépassent régulièrement le coût fiscal qui aurait été évité. L'analyse économique de la cible doit toujours primer. Dans certaines configurations, il peut être plus rationnel d'assumer une sortie partielle du report plutôt que d'immobiliser 70 % du produit de cession dans un projet à risque de perte élevé.
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Calendrier, sortie du report, transmission
Un décompte de 3 ans désormais plus contraint
À compter de la cession des titres par la holding, le délai court à 3 ans. Cette apparente respiration est en réalité à mettre en regard du temps de sourcing des meilleures cibles (6 à 12 mois) et du contexte d'incertitude encore présent sur le texte en raison du recours constitutionnel. Pour une opération engagée en 2026, il est prudent de bâtir un calendrier de remploi qui atterrit au 24ème mois, en gardant une marge pour les imprévus.
Les événements qui mettent fin au report
Trois configurations déclenchent l'exigibilité immédiate de l'impôt initialement reporté :
- la cession par le dirigeant des titres de sa holding de tête ;
- la dissolution ou la liquidation de la holding ;
- le rachat par la holding de ses propres titres (à hauteur des titres rachetés).
La fiscalité applicable est celle en vigueur l'année du fait générateur, ce qui signifie qu'un report initié en 2021 se débouclé aujourd'hui au taux de 2026, quelle qu'ait été la fiscalité à l'apport. Le report fige l'assiette, pas le taux.
Donation des titres de la holding : l'unique voie d'effacement
La donation des titres de la holding aux enfants transfère le report d'imposition sur leur tête. Sous réserve qu'ils conservent les titres pendant le délai minimum prévu par le texte, la plus-value initialement en report est définitivement purgée.
Couplée à un démembrement (donation avec réserve d'usufruit, quasi-usufruit sur un bien fongible), cette opération constitue, en l'état du droit, l'un des outils de transmission les plus puissants du droit fiscal français. Elle permet d'effacer une fiscalité latente significative tout en transmettant un outil productif aux générations suivantes.
Conclusion
L'article 150-0 B ter reste, après la LF 2026, un dispositif central pour les dirigeants cédants, mais il n'est plus du tout un outil "léger". Quota relevé à 70 %, délai de remploi à 3 ans, conservation des actifs acquis pendant 5 ans, périmètre des activités éligibles resserré : le dirigeant qui s'engage dans un apport-cession en 2026 doit accepter une perte de liquidité significative et un horizon d'immobilisation long.
Trois points distinguent désormais une opération bien conçue d'une opération subie :
- la qualification solide et documentée de la holding comme animatrice, dès l'apport ;
- la sélection rigoureuse des supports de remploi, pensée pour une détention effective de cinq ans ;
- la planification de la sortie du report, ou mieux, son effacement par une donation bien construite.
L'erreur la plus fréquente reste la précipitation : remployer à la hâte en fin de période, sur une cible mal auditée, pour "sauver" l'impôt. Dans le régime renforcé de 2026, cette erreur coûte plus cher que jamais.
Le cabinet Etsa Patrimoine se tient à votre disposition pour structurer votre opération d'apport-cession dans le cadre rénové de la LF 2026, sélectionner les véhicules de remploi compatibles avec vos contraintes d'horizon et de liquidité, et préparer la sortie du report dans les meilleures conditions fiscales.
Il mobilise, si nécessaire, l’expertise d’un avocat fiscaliste pour sécuriser les aspects les plus sensibles de l’opération.
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